Géologie, espace-temps et Humanité.

    La géologie est avant tout une science de l’observation. La lecture des paysages permet de comprendre un certain nombre de choses comme par exemple la structure du sous-sol en interprétant la succession des couches stratigraphiques tendres et dures visibles à la surface. Cependant pour toute personne et finalement pour notre Humanité un paramètre nous échappe particulièrement dans ces interprétations : c’est le temps. Cet article ambitionne, modestement, d’appréhender cette notion.

 

Une brève d’histoire du temps dans la géologie

 

     Dès l’Antiquité, débutent les premières tentatives d’explications d’objets que l’on rencontre dans certains terrains : les fossiles. Pour Aristote (384-322 avant J.C.) ces traces qui ressemblent souvent étrangement à des animaux sont, sous l’action du soleil, l’expression « exaltations sèches » provenant des profondeurs de la terre ! En ce qui concerne la présence des espèces vivantes sur terre, la théorie généralement admise à l’époque était la « génération spontanée » : le monde est monde depuis toujours et le restera pour l’éternité.

            En 1650, en utilisant la Bible, l’archevêque anglican James USSHER calcule(1) la date de Création de la terre. Cette dernière serait née le 23 octobre 4004 ans avant J.C. Néanmoins c’est l’idée du Monde créé en six jours qui reste la référence.

 Géologie 3 Stratification           Nicolas STENON (1638-1686) conclut au XVIIème siècle que les sédiments marins se sont déposés en couches horizontales, qu’ils contiennent des restes d’animaux et qu’une couche de roche est plus récente que celle qui est en dessous mais plus ancienne que celle qui est au-dessus. Cette brillante déduction est à l’origine de la stratigraphie et des datations relatives.

 

ç Dans l’exemple de gauche la strate B est plus récente que la strate C située en dessous, mais elle est plus ancienne que la strate A située au-dessus(2).

 

     Cette perception ne dérange pas encore l’Eglise. En effet au début du XVIIIème siècle les créatures que l’on trouve ainsi fossilisées dans les couches géologiques, notamment les poissons, sont considérées comme les victimes innocentes du déluge ! Mais six jours, c’est un peu court !…

   Ainsi, par exemple, BUFFON (1707-1788) utilise l’analogie du refroidissement de la terre avec celui du boulet de canon sortant de la forge. Cette conception l’amène, en 1778, à envisager une chronologie longue : 74 000 ans pour l’âge de la terre !!

   En parallèle, la constatation de brutales modifications des fossiles dans l’empilement des couches sédimentaires inspirent les naturalistes à envisager sur terre la succession de catastrophes : le monde recommencerait alors, à chaque fois, de zéro (théorie de la fixité dans le temps des espèces). Ces ruptures vont permettre, au fil des découvertes de terrains, le découpage de l’échelle stratigraphique (ère primaire, ère secondaire…).
     Cette théorie de la fixité des espèces va s’opposer à celle de Charles DARWIN qui imposa, difficilement, en 1859, la théorie de l’évolution des espèces. Cette dernière eut pour conséquence indirecte de conforter les majorations successives de l’âge de la terre.

     Buffon n’avait pas tort sur le principe du refroidissement et le physicien Lord Kelvin (1824-1907), calcula, avec les connaissances de son temps, un âge approximatif de la Terre entre 24 et 400 millions d’années (1863).

     Vous l’avez compris, avec la brillante déduction de STENON au XVIIème siècle, les datations relatives se succèdent. Cependant, elles buttaient sur l’objectif d’attribuer un « âge » aux strates géologiques. La découverte de la radioactivité en 1896 par Henri BECQUEREL (1852-1908) va lever le voile sur cette énigme et permettre la datation absolue. En effet, au cours du temps, les atomes de certains éléments radioactifs se désintègrent. Or, le rythme de ces désintégrations est constant au cours du temps et totalement indépendant des conditions extérieures. Ce n’est donc qu’au début du XXème siècle et l’utilisation de cette technique que l’âge de la terre a été correctement estimé à 4,55 milliards d’années !!!

 

(1) bien sûr il existe des exceptions !

(2) essai de calcul parmi bien d’autres

 

Une tentative d’exprimer le temps par l’espace

 

   Nous avons donc aujourd’hui de nombreux outils pour dater les roches cependant pour un esprit humain, et le mien en particulier !, ces chiffres en milliers, millions ou milliards d’années restent dans le domaine de l’imaginaire. Alors, inventons ensemble une traduction pour mieux visualiser ce temps et établissons la correspondance suivante : « à un millimètre correspondent 1000 ans »… :

 

Geologie-2-100000ans.jpg 

 

 

La barre ci-dessus restitue 100 000 ans d’histoire géologique soit dans notre échelle 10 cm

 

 
     Nous pouvons donc visualiser que Jésus Christ se situe à 2 mm de nous ou bien que la disparition de l’Homme de Neandertal se trouve à 3,7 cm !!
     Dans cette même logique, continuons d’explorer notre échelle de temps avec divers évènements pris au hasard et plus ou moins connus :   
   

· Dans les centimètres du premier mètre (soit 1millon d’années) :

-   Dernière période glaciaire, le Wurm entre 1cm et 8 cm,                     (10 000-80 000 ans)

-   Découverte/maîtrise du feu à 40 cm,                                                  (400 000 ans)

· Dans le premier kilomètre (soit 1milliard d’années) :

- Vie de Lucie (australopithèque) à 3,2 m,                                              (3 200 000 ans)

- Assèchement de la Méditerranée (crise Messinienne) à 5,3 m,             (5 300 000 ans)

- Dépôt des argiles de Salernes environ à 50m,                                      (50 000 000 ans)

- Disparition des dinosaures à 65 m,                                                      (65 000 000 ans)

- Roches du sous-sol de Lorgues à environ 222 m,                                           (222 000 000 ans)

- Plus vielles roches dans le département du Var à 450m(3) ,                   (450 000 000 ans)

· Au delà du kilomètre (>1milliard d’années) :

- Apparition de la vie à 3,5 km,                                                               (3 500 000 000 ans)

- Création du système solaire (Terre, Soleil…) à 4,5km,                          (4 500 000 000 ans)

- Naissance de l’univers à environ 13 km.                                                                (13 500 000 000 ans)

 
Vous pouvez dorénavant faire cette manipulation pour toutes les dates qui vous passent par la tête !!

 

(3) approximation personnelle

 

Et l’Humanité dans tout ça ?

 
    
Prenons une illustration en utilisant simplement l’espace de notre premier millimètre de notre barre précédente soit 1000 ans. Ainsi le trait situé à droite de ce zoom nous permet de remonter au temps des invasions Viking en Europe et le trait situé à gauche représente ce mois-ci : mars 2013.

 
Geologie-1-1000ans.jpg

Si l’on voulait illustrer le cours d’une vie humaine, avec un peu de chance cette dernière occuperait environ 1/10 de millimètre de l’espace précédent (soit environ un siècle) !!  

   
             
              Pour conclure ce voyage dans le temps, je vous invite simplement à méditer sur l’idée que notre révolution industrielle n’a finalement que 2/10 de millimètre d’âge (200 ans). Et dans la perspective géologique décrite ci-dessus, notre inclinaison actuelle à s’octroyer le titre de « protecteur de la planète » n'a, me semble-t-il (vision très personnelle qui n’engage que moi), que peu de sens : l’homme ne maîtrise rien et il est, pour se parer de ce titre, comme d’habitude, un peu prétentieux."
En revanche, force est de constater que l’Humanité a tout intérêt, sur le long terme, à préserver son cadre de vie.


La nature n’est, ni bonne, ni mauvaise, elle EST et c’est tout
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