Si l'assainissement durable (en anglais Ecological sanitation = Ecosan) fait progressivement son apparition en France, celui-ci est déjà un sujet de recherche depuis plusieurs décennies dans quelques pays sur l'ensemble des continents notamment dans les régions soumises à une ressource en eau limitée et où les projections climatiques semblent accentuer cet état.

Mais qu'est-ce qu'un assainissement domestique durable ?

Disons que c'est un système de traitement qui ne nuit pas au présent et n'entame pas les potentiels de la Terre pour le futur. Pour cela il doit être capable de recycler sans modifier les milieux et les ressources disponibles présentement. Un vaste programme !
Actuellement nos systèmes d'assainissement dit conventionnels (c'est-à-dire ceux que vous côtoyez tous les jours) sont assujettis à l'eau pour fonctionner et les systèmes de phytoépuration (emploi de plantes), ne déroge pas à ce principe. Or l'eau, solvant universel, est pourtant loin d'être un moyen efficace pour isoler les agents pathogènes et les substances néfastes (bactéries, métaux lourds, molécules artificielles...) susceptibles alors de se disperser autour de nous. Ainsi, dans le monde occidental, c'est uniquement grâce à des investissements considérables depuis des siècles que ces systèmes permettent de respecter les seuils des normes de rejet et donc un certain niveau d’innocuité. En revanche, il est illusoire de viser une haute qualité environnementale ! De même, si localement la ressource en eau tendrait à s'amenuiser (changement climatique ou augmentation de la demande), on conçoit alors que le maintien du fonctionnement d'un tel système d'assainissement sans détériorer le milieu récepteur peut devenir, pour les gestionnaires, un vrai casse-tête !

Pourtant, si l'on y réfléchit un instant, le traitement des eaux domestiques par voie d'eau est loin d'être, au départ, une évidence lorsqu'il n'existe aucun réseau. Car le plus compliqué n'est pas de construire une station d'épuration mais bien d'y connecter des kilomètres de canalisations étanches. Ainsi, nos systèmes actuels sont l'aboutissement d'un long cheminement de réflexions techniques vieux de quelques siècles.

En effet, par des choix ou un consensus différent, à l'aube de l'histoire de l'assainissement conventionnel, c'est un panorama et, probablement, des difficultés bien différentes qui s'offriraient sous nos yeux...

Les paragraphes ci-dessous retracent, d'une manière simplifiée (probablement un peu romancée), le cheminement historique qui a mené l'ensemble des sociétés des pays occidentaux vers des systèmes d'assainissement domestique utilisant l'eau comme agent transporteur notamment pour ses déchets organiques. Ce faisant, ce déroulé pointera dans le même temps l'existence de solutions de traitements parallèles, procédés se rapprochant parfois d'un écoassainissement primitif.

 

Antiquité et bas-Moyen-âge : apparition et disparition des premiers réseaux

 

L'histoire de l'assainissement domestique est intimement liée au problème de l'évacuation des eaux de pluie. Ainsi, dès l’instant où l’homme s'est sédentarisé, il fut confronté au problème de la gestion des eaux pluviales. L'espèce humaine étant pragmatique, la solution mise en œuvre dès cet âge reculé, la plus simple et toujours d’actualité, consiste en l'évacuation rapide des eaux vers l’aval. Les recherches archéologiques dans la vallée de l'Euphrate, en Mésopotamie, ont ainsi permis de découvrir des conduites d'évacuation en argiles cuites âgées d'environ 4000 ans avant J.C, !

La civilisation romaine, à l'instar des premières civilisations antiques, va adopter les mêmes solutions. L’eau courante fut apportée dans les centres urbains (principalement vers des thermes et latrines publiques) par d'habiles systèmes de captage de sources et de transports (canaux, aqueducs…) gravitaires. En parallèle, des systèmes de drainage furent construits afin d'assainir les terrains marécageux des vallées alluviales fertiles et évacuer les eaux pluviales plus ou moins souillées. Ces réseaux, que l'on qualifierait aujourd'hui d'« unitaires »1, sont, pour certains, parfois encore utilisés de nos jours. En revanche, on ne peut raisonnablement pas parler d'assainissement. En effet, ces eaux véhiculées s'écoulaient, parfois de manière intermittentes, directement vers le milieu naturel. A l'époque, les traitements épuratoires étaient superflus ! Pour rappel vers l’an 0, la population de l’empire romain sur l'ensemble du pourtour méditerranéen est estimée à 50 millions de personnes : la densité est donc faible. Cette situation permet alors une certaine auto-épuration des eaux par les milieux naturels humides omniprésents. Néanmoins, malgré cette faible densité générale, il ressort, des études parasitologiques effectuées sur des populations antiques, un spectre de contaminations bactériologiques très semblable aux spectres épidémiques des pays aujourd'hui en proie à des difficultés sanitaires.

L'assainissement domestique durant les périodes antiques

 

En parallèle, dans les bâtisses du peuple, les latrines à fosse, souvent de simples cavités perméables creusées à même le sol, se développèrent progressivement. Cependant, cette accumulation de matière organique n’était peut-être pas totalement perdue. On peut supposer que lorsque la cavité était pleine, cette substance, au demeurant à fort pouvoir fertilisant, pouvait être récupérée, puis éparpillée pour amender les terres des exploitations avoisinantes.

 

Lors de la chute de l’empire romain d’occident au milieu du Vème siècle, la disparition de l’ordre public établi provoqua la suppression de l’entretien des fossés, des réseaux d'évacuation existants et la disparition de la main d’œuvre assagie à ces tâches. Ainsi, au bas Moyen-âge, dans un monde devenu dangereux, les villes se recroquevillèrent derrières leurs nouveaux remparts et les sorties des réseaux d'évacuation furent volontairement bouchées afin de priver un accès facile aux barbares et brigands. Les eaux ruissellent alors dans les rues en terre battue.

L'assainissement domestique durant le moyen-âge

 

A cette boue, s'additionnent tous les déchets domestiques qui suivent la politique du « tout-à-la-rue » ! Les villes sont en outre désertées au profit des campagnes. Ces dernières permettant au moins de nourrir la population. Ce n'est que plus tard, à la faveur d’une fragile stabilité politique retrouvée, que l’attrait des villes, en devenant des pôles d’échanges (foires, marchés), se renforcera à nouveau. Si la réhabilitation de grandes infrastructures linéaires d'assainissement n'est pas à l'ordre du jour, ce mouvement de renouveau économique, s'accompagne d'une amélioration de la circulation dans les rues grâce à leur pavage ainsi qu'à la création de rigoles d'évacuation en leurs centres. Dans ce contexte hygiénique encore très rudimentaire, les pandémies vont ainsi régulièrement décimer les populations européennes durant le Moyen Âge.

1  L'assainissement par un réseau dit « unitaire » mélange les eaux de pluie et les eaux domestiques. Ce système s'oppose au système d'assainissement dit « séparatif », c'est-à-dire deux réseaux parallèles qui empêchent la dilution des eaux domestiques par les eaux de pluie.

 

A suivre...

 

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