Le courrier de la Confédération paysanne du Var adressé au Préfet :

Confédération paysanne du Var

 

Confédération paysanne du Var Syndicat pour une Agriculture paysanne et la défense de ses travailleur-se-s
 

Membre de la coordination européenne ECVC et de la Via Campesina

 

Le Cannet-des-Maures, lundi 23 janvier 2017

Monsieur le Préfet,

Depuis plusieurs saisons, j'assiste au nom de la Confédération Paysanne du Var, aux diverses Commission Départementale Chasse et Faune Sauvage (CDCFS). J'ai beaucoup écouté les uns et les autres, et quelques fois j'ai pu donner mon avis. Dans l'ensemble il n'y a pas de grand désaccord entre la Fédération Départementale des Chasseurs du Var et les différents syndicats agricoles représentés ; tant qu'il s'agit du petit gibier et de l'attribution des Plans de Chasse ; par contre il est un sujet qui nous sépare profondément, c'est cet animal qu'on appelle « sanglier ».

En effet le sanglier varois de mon enfance a disparu ! A l'époque les laies portaient 2 fois par an, avec 2 ou 3 marcassins par portée. Aujourd'hui ce sont 3 portées par an, avec plus de 8 petits à chaque fois que ces bêtes produisent ! Il est évident qu'à un moment il y a eu un croisement entre cochon d'élevage et sanglier. Ceci nous amène à la situation actuelle : d'après tout ce qu'il se dit lors des CDCFS, j'ai pu noter que la population « normale » de sangliers dans le Var serait autour des 20000 ; ce qui à l'époque suscitait des battues dans chaque village, et des trophées quand quelque gros sujet était abattu. Aujourd'hui la population de cet « animal » serait de 80000 ! Cette surpopulation génère tous les dégâts connus – accidents routiers de plus en plus fréquents, dégâts dans les cultures : vignes, arboriculture, céréales, maraîchage, horticulture, etc.

Il est demandé aux chasseurs de sangliers d'organiser plus de battues, vous autorisez le tir de destruction de jour comme de nuit, sur certaines communes, etc. tout ceci n'est plus de la chasse, le vrai chasseur de sanglier varois ne s'y retrouve plus : on lui demande de l'abattage !! De plus c'est la FDCV qui le dit : il y a de moins en moins de chasseurs et cette population est vieillissante ! Sur cet épineux sujet ne faudrait-il pas reconnaître les faits ? cet animal appelé sanglier n'est plus un gibier, déclaré nuisible au mois de mars, mais bien un nuisible toute l'année !

Dans les mesures proposées à la « gestion » du sanglier dans le Var, il y a « l'agrainage dissuasif », la Confédération Paysanne du Var s'est toujours vigoureusement opposée à cette mesure, car s'il l'on en croit les quantités de graines officiellement distribuées (quelques tonnes), celles-ci au regard de l'importance du cheptel, sont ridicules. Comment pouvez-vous imaginer contenir un tel troupeau avec quelques cacahuètes, quand les ressources de nos collines sont épuisées et que les récoltes sont là, tout près, succulentes et pour certaines arrosées à souhait ? Dans ce cas là je dis : « la faim justifie les dégâts ! ». Et d'autre part cet « agrainage dissuasif » ne masque-t-il pas un nourrissage massif, qui lui retient l'animal loin des cultures ; mais nourrissant l'animal favorise sa procréation, qui à chaque portée vient grossir le troupeau ?!

L'enveloppe d’indemnisation des dégâts aux cultures a été confiée à la FDCV. Depuis des années force est de constater que celle-ci ne peut pas, ou ne veut pas, faire baisser le nombre de sanglier dans le Var, bon an, mal an, il est avoué officiellement de 24000 bêtes abattues. Donc le troupeau reste en surnombre. Quand au barème de prix des denrées pour l'indemnisation des dégâts, les prix proposés sont sur des moyennes nationales et non sur des prix pratiqués dans le Var en raison de la qualité des produits.

Cela occasionne des discussions de « marchands de tapis », qui se terminent régulièrement au détriment des agriculteurs. Je sais que les dégâts ne sont indemnisés que « sortis du champs » mais je note que le FDCV nous impose un abattement sur la récolte des raisins, alors que des parcelles « abîmées » doivent quand même être vendangées dans l'intégralité ; qu'il n'est pas tenu compte de la baisse de qualité du reste de la vendange, ni du manque à gagner sur la commercialisation des produits finis. Il en est de même pour les autres cultures bien-sûr !

Je constate que sur les quelques dossiers qui arrivent en CDCFS « dégâts » sauf cas exceptionnel, quand un accord est trouvé, il est en faveur de la FDCV, sinon celle-ci se tourne systématiquement vers les tribunaux. Tout cela décourage force d'agriculteurs à faire des déclarations de dégâts, j'en veux pour preuve le communiqué de la Fédération des Vignerons Indépendants du Var qui encourage ses adhérents à déclarer ces dégâts, car c'est au regard du nombre et de l'importance de ceux-ci que vous, Monsieur le Préfet, pouvez juger de la situation ! Cet état de fait devient critique, à terme c'est toute l'économie agricole du Var qui est menacée ! Et je n'oublie pas qu'au dégât du sanglier, commencent à s'ajouter ceux des chevreuils, qui eux s'attaquent directement aux bois, donc à la pérennité du vignoble.

Pour en finir, je tiens à attirer votre attention sur le dernier plan de chasse du Var élaboré par deux charmants techniciens, mais je ne l'oublie pas, sous la houlette de la FDCV et de son Directeur, Monsieur GIAMINARDI, ceux-ci ont commencé leur exposé en nous disant que le Var n'était PAS un département AGRICOLE !! ils ont été amenés à revoir leur copie.

Mais le plus grave n'est pas là ! Le plus grave est que ce plan prévoie la valorisation de la venaison, c'est à dire que certains animaux (fussent-ils nuisibles) vont être récupérés et payés aux chasseurs, pour être débités, charcutés, etc. sans aucune garantie d'hygiène entre le moment d'abattage, et celui de la mise au froid ! C'est un problème de santé publique. Mais là, il n'est plus question de chasse ! La boucle est bouclée : – Le cheptel est là ! – La venaison est valorisée ! – L'agriculture varoise sert de garde-manger à peu de frais ! Je ne peux imaginer que vous acceptiez cela.

Après un tel constat vous comprendrez que je ne peux pas continuer à cautionner de ma présence syndicale ces CDCFS qui, tournées en ridicule par la FDCV, desservent les chasseurs varois et leurs traditions, nuisent à l'agriculture varoise et à son économie !

Dans l'attente de vous rencontrer ce 23 janvier, veuillez agréer, Monsieur le Préfet, mes sincères salutations.

Christian Dragon,
vigneron et représentant de Confédération Paysanne du Var à la Commission Départementale Chasse et Faune Sauvage

Confédération paysanne du Var La maison du Paysan – ZAC de la Gueiranne – 83340 LE CANNET DES MAURES
Tél. : 06 30 60 97 14 – Courriel :
var@confederationpaysanne.fr

Avis de la rédaction du blog : il est grand temps que la Préfecture revoit sa copie avant que ces sangliers deviennent, dans de nombreuses communes, plus nombreux que les habitants. 

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